|
VŒU présenté au Conseil d’Administration du collège d’Aubervilliers, le 2010 Collèges d’Aubervilliers 2010 : construction, reconstruction, sectorisation Les représentants élus des parents d’élèves et des enseignants au conseil d’administration du collège d’Aubervilliers, réunis le 2010, expriment leur volonté de garantir à tous les enfants d’Aubervilliers la pérennité d’un service public d’éducation de qualité, qui implique de leur point de vue - la construction par le conseil général d’un sixième collège sur un terrain donné par la ville, - la reconstruction du collège Jean Moulin, - une révision concertée de la sectorisation des collèges, - une rénovation accélérée de certains collèges dont l’état s’est considérablement dégradé. Si la nécessité de construire un nouveau collège à Aubervilliers n’a pas échappé aux pouvoirs publics concernés, la localisation de ce sixième collège demeure en débat, d’autant plus qu’elle aura un impact sur les secteurs de tous les autres collèges. Toute réflexion sur la définition du secteur d’un collège doit avoir pour principe la plus grande diversité de classes sociales possible : il n’est guère contestable que les établissements les plus difficiles sont ceux qui accueillent le taux le plus important de population défavorisée ; inversement, les établissements à sociologie équilibrée fonctionnent mieux. Plusieurs rapports récents pointent les dérives liées à l’assouplissement de la carte scolaire, qui a pour effet de renforcer l’homogénéité sociale des établissements et d’accroître le risque de relégation des établissements qui recrutent sur des quartiers défavorisés. Les collectivités en charge de la sectorisation des établissements scolaires doivent combattre ces dérives avérées par une réforme des secteurs des collèges qui vise à casser le risque de l’entre soi social. C’est pourquoi l’implantation du sixième collège d’Aubervilliers doit faire l’objet d’une réflexion approfondie, qui s’appuie sur la répartition sociologique des habitants dans les quartiers, et sur l’impératif catégorique de la mixité sociale, afin d’assurer l’épanouissement de tous les enfants de la ville. Or le projet actuel d’implantation du collège à l’Ouest de la ville, dans le quartier du Marcreux, s’il tient compte des besoins futurs liés à l’expansion de l’habitat dans cette partie de la ville, néglige malheureusement la question du fonctionnement des établissements existants, dans certains desquels on constate des faits de violence gravissimes. Tout laisse à penser qu’une sectorisation plus diverse en terme de classes sociales permettrait d’améliorer sensiblement la vie scolaire de ces établissements difficiles, et de relâcher la pression démographique qui pèse sur deux établissements (Rosa Luxemburg et Diderot), dont le nombre d’élèves excède actuellement la capacité. Le secteur choisi par la municipalité pour le collège (quartier Landy-Marcreux-Pressensé) est un secteur très difficile. Mais il connaîtrait une évolution notable liée au plan d’aménagement du Landy (ANRU) et aux constructions en cours ou prévues (un millier de nouveaux logements). Le secteur du collège Luxemburg serait alors décalé vers le centre ville, celui du collège Wallon vers le Sud, celui du collège Diderot vers le nord-est. Les établissements de l’Est de la ville (Moulin, Péri) verraient leur secteur presque inchangé, ce qui constitue une objection majeure à un tel choix. Une alternative juste et tenant compte de l’évolution démographique de la commune est possible : elle propose l’implantation d’un établissement aux « Portes d’Aubervilliers », c’est-à-dire au nord de la ZAC du Millénaire, en bordure Sud ou Nord du canal, aux abords du pont de Stains. Elle permettrait de constituer un secteur mixte pour le sixième collège (Landy Sud, Firmin Gémier-Sadi Carnot, Villette Ouest), qui mordrait en même temps sur les secteurs des collèges les plus difficiles de la ville (Rosa et Moulin). Le secteur de Rosa pourrait alors accueillir les élèves des nouveaux logements de son secteur actuel (Landy-Marcreux-Pressensé) et le secteur de Moulin s’étendrait vers le nord, moins défavorisé que la zone urbaine sensible de la Villette. Ces modifications de secteur paraissent nettement plus bénéfiques aux collèges que celles induites par une implantation du sixième collège à l’Ouest. La reconstruction du collège Jean Moulin s’est imposée au vu des difficultés qu’il rencontre depuis plusieurs années. Mal conçu au départ – il s’agit d’un collège-jardin dont les grilles n’ont cessé de s’élever au fil des ans -, il connaît des dégradations irrémédiables, a subi de graves sinistres, et se révèle difficilement adaptable à son public actuel. Une rénovation s’imposait, qui s’est révélée moins pertinente qu’une reconstruction partielle, avec un investissement lourd de 28 millions d’euros. Pourtant, les choix architecturaux notamment qui semblent faits mériteraient d’être discutés. La jauge de Jean Moulin resterait celle du collège initial : 800 élèves. Or tous les collèges qui se construisent depuis 20 ans sont des collèges prévus pour 600 élèves, pour des raisons d’efficacité de fonctionnement. Les énormes collèges (République à Bobigny, Galois à Sevran) qui dépassaient 1000 élèves ne sont plus des modèles pour personne, au vu des difficultés qu’ils ont connues au tournant du siècle. Les personnels de Jean Moulin n’oublient pas qu’ils ont accueilli plus de 1000 élèves en 1998, avant la construction de Rosa Luxemburg, et qu’une surveillante y fut gravement molestée à cette époque. Reconstruire Jean Moulin avec une capacité théorique hautement contestable de 800 élèves, c’est accroître massivement ses effectifs actuels. Mais c’est aussi anéantir toute perspective d’évolution de son secteur, et perpétuer le repli du collège sur le quartier La Villette/République, qui comprend trois cités rivales et une importante densité de population. La mixité sociale y est faible, le niveau d’instruction le moins élevé d’Aubervilliers, le taux de chômage le plus important, le nombre de migrants aussi… A l’opposé, il serait souhaitable de répartir les élèves de La Villette/République sur plusieurs collèges (Moulin, Wallon, et le nouveau collège). Enfin, le parti architectural choisi laisse perplexe : l’ensemble, éclaté sur trois bâtiments, impose un nombre très important de surveillants bien au-delà du ratio habituel. Ces moyens humains ne sont certes pas délégués par l’Inspection Académique, et le collège en pâtit. Le bâtiment principal lui-même, en forme de cube, qui comporte quatre niveaux et quatre escaliers, interdit toute surveillance efficace. Le plan de circulation y est un vrai casse-tête et les élèves peu assidus en jouent. Pire, les étages 2 et 3 comportent chacun au moins dix salles, réparties sur les quatre côtés du bâtiment qui versent à chaque interclasse leurs 240 élèves dans un espace restreint : les heurts et incidents y sont inévitables, et privent les élèves de la sérénité nécessaire pour se rendre au cours suivant. Une conception architecturale moins exigeante pour l’autodiscipline des élèves serait souhaitable, et c’est bien ce cube qu’il conviendrait de raser en premier lieu. Il semble au contraire qu’il ait été choisi de le conserver, reconduisant ainsi l’erreur initiale. De la même façon, au lieu de reconstruire un bâtiment au ras de la rue, ce qui aurait le mérite de limiter les intrusions et l’absentéisme perlé, le choix de conserver le jardin sur la rue, et donc les grilles, risque de prolonger à l’infini les avanies actuelles. Il est effectif que le Conseil Général reconstruira Moulin sur son propre site. Mais le service doit être à la hauteur de l’investissement, et le bâtiment cause de nombreux maux doit être irréprochable. Une concertation beaucoup plus approfondie sur les choix fondamentaux et sur leur adéquation à l’histoire du collège et aux données du quartier s’impose de toute urgence. Tels sont les faits et réflexions qui conduisent les représentants des parents d’élèves et des enseignants du collège à demander au Conseil Général de Seine-Saint-Denis et à la Municipalité d’Aubervilliers d’organiser avant la fin de l’année scolaire 2009-2010, une réunion de concertation pour examiner l’ensemble des questions d’effectifs, de sectorisation, de rénovation, de reconstruction et de construction, afin de répondre de la façon la plus satisfaisante et la plus pérenne aux futurs besoins du service public de l’Education Nationale dans la Commune. Il en va de l’avenir des élèves d’Aubervilliers, et de l’avenir de la commune tout entière, dont le pouvoir d’attraction et le rapide développement imposent des exigences élevées en matière scolaire, notamment dans le second degré, exigences qui, si elles étaient déçues, briseraient une dynamique urbaine féconde, ce que personne ne peut souhaiter. Les représentants des parents d’élèves et des enseignants élus au conseil d’administration du collège d’Aubervilliers Avec le soutien de l’UCL-FCPE d’Aubervilliers et des sections syndicales SNES et Sud Education d’Aubervilliers |